Bienvenue à tous,

C’est Clumsy qui nous propose de lire un livre par mois, celui que l’on souhaite tant qu’il est écrit par une femme noire.

Clic clic sur le lien de son blog pour plus d’explications ou celui du Clumsy book club sur goodreads.

 

Book #16 : Chimamanda ngozi adichie Americanah

A14235

My point of view

Quelle tristesse de dire au revoir à ce roman. Encore, avais-je envie de dire. Encore, des mots réconfortants sur mes maux !

Ce livre est un véritable cadeau. Autant sur la forme que sur le fond. Une plume souple et fluide pour 700 pages d’une densité rare. Chaque mot, chaque phrase comptent.

Rien que le nom de l’héroïne est une invitation au voyage : Ifemelu ! Hye female you ! Bonjour à toi oh Femme !

Ifemelu, femme Noire Nigériane, étudiante diplômée, part aux États-Unis pour y faire des études et élargir son champ des possibles. Elle laissera au Nigeria son amour de jeunesse, Obinze.

Le roman débute au moment au Ifemelu a pris la décision, après 13 ans d'expatriation, de retourner dans son pays d’origine. Assise dans un salon de coiffure, elle nous raconte son parcours, les raisons de son départ aux États-unis, puis celles de son retour au pays. Le ton, toujours juste, n’est ni pesant, ni moralisateur. Il invite à la prise de conscience.

L’arrivée aux États-Unis sera un choc frontal : la découverte de la négritude comme un fardeau à porter. La difficulté de trouver un travail, la dépression, la honte mais aussi les réussites, les amours. L’auteure brosse un tableau de quelques interactions du système américain : les blancs, les Noirs Américains, les Noirs Africains. L’héroïne ne semble pas avoir eu de relation poussée avec les autres groupes minoritaires. En tout cas, ils sont invisibles dans le roman.

Le roman est ponctué des billets du blog à succès qu’écrit l’héroïne. Deux styles d’écriture qui permettent de jongler entre une histoire privée et une analyse politique et sociale de la condition des Noirs aux États-Unis.

A son retour au Nigeria, l’auteure décrit, avec vérité et sincérité, sa nouvelle personnalité d’Americanah, plus tout à fait Nigériane, pas tout à fait Américaine. Tu verras que l’auteure est honnête et lucide. Elle ne te brossera pas un portrait idyllique du Nigeria. Tout n’est pas si rose, même si la notion de race n’existe pas, d’autres problèmes sont dénoncés : la corruption, l’asservissement de la femme au porte-monnaie de l’homme, etc.

La libraire m’avait vendu ce livre comme une histoire d’amour, j’y ai trouvé bien plus que ça ! Cette histoire entre Obinze et Ifemelu me semble n’être qu’un fil rouge. Ce qui expliquerait pourquoi la fin est si peu étayée et si courte devant la profusion des thèmes abordés avec une grande précision tout au long du récit.

ll y aurait encore beaucoup à dire sur ce livre… Je vous laisse le découvrir en le lisant !

More and more

Au vu du nombre de sujets traités dans ce livre, plein de more and more me viennent à l’esprit. J’ai choisi de garder mémoire de 4 petits extraits ici.

« Comment va ton enfant ? Va-t-elle déjà à l’école ? » Tu devrais la mettre à l’école française. Ils sont très bons, très professionnels. Naturellement, l’enseignement est en français, mais cela ne peut faire que du bien à une enfant d’apprendre une autre langue civilisée, puisqu’elle apprend déjà l’anglais à la maison. » extrait qui se passe au Nigeria

Cette histoire fait écho à une anecdote.

Un papa Togolais faisait réciter sa leçon de géographie à son fils.

« Alors les fleuves de France mon fils pourrais-tu les mettre sur la carte ? »

« Mais papa, tu m’as donné une carte vierge, il n’y a pas les fleuves de France. »

« Comment ça ? Tu ne sais pas les dessiner ? A l’école, on nous apprenait à dessiner la France à main levée et à placer les fleuves et les villes. »

On aura deviné que le papa avait suivi sa scolarité au Togo et le fils en France.

Cela en dit long sur une forme d’imprégnation et de conditionnement, dès l’enfance. Le désir que son enfant ressemble, voir soit, à l’image du modèle dominant. Les restes de la colonisation ne peuvent-ils pas disparaître au profit d’une fierté nationale ? Comment avec une telle approche ne pas créer de la frustration et l'envi d'un ailleurs ?

 

« des radiateurs trop chauds en hivers et des climatiseurs qui refroidissent rien en été... Un gamin endormi sur un canapé défoncé recouvert d’un peignoir… à l ‘intérieur la pièce était un modèle de laisser-aller, avec sa peinture écaillée, un sèche cheveux rouillé qui n’avait pas servi depuis longtemps,...»

Mais pourquoi donc en France aussi certains salons de coiffure Afros sont d’une saleté repoussante ? Quel est ce concept de véhiculer une image crasse d’un groupe ethnique ?

 

La véritable tragédie d’Emmet Till, lui avait-il dit un jour, n’était pas qu’un enfant noir avait été assassiné pour avoir sifflé une adulte blanche, c’était que les Noirs s’étaient demandé : mais pourquoi a-t-il sifflé ?

C’est vraiment un sujet qui me tient particulièrement à cœur en tant que maman. Jusqu’à quel point je bride mon enfant à cause de la peur et non pour des raisons de bienséance et de morale ? Quel degré de liberté je lui supprime à cause de sa couleur ? Comment, par mon comportement, je lui fait déjà sentir qu’il est moins bien ? Au lieu de le pousser en avant ? Comment, face à un « de toute façon je ferai comme mes frères, je vendrai de la drogue car c’est ce que font les Noirs », je transforme sa pensée en possibilité d’un autre endroit et d’un ailleurs où la société ne l’attend pas encore ? Quelles actions je mets en œuvre pour que mon enfant se dise qu’il peut représenter l’homme ou la femme idéale d’une production grand public ? Comment je lui apporte de l’apesanteur dans la pesanteur ? Comment je lui donne de la force pour dépasser les préjugés qu’il va rencontrer pour qu'il puisse se faire SA place?

Encore une petite anecdote. Une femme Sénégalaise vient me voir outrée car on a mis son enfant en cours de soutien scolaire. « Tu te rends compte, ma fille, ils ont proposé qu’elle redouble le CP. Tout ça car elle est noire et que je ne parle pas bien Français. Et en plus en soutien, ils lui font faire des fléchettes, pour soi disant qu’elle prenne confiance en elle. C’est du calcul qu’elle devrait faire. Pas des jeux. C’est parce qu’on est étranger qu’ils font ça. » Comment je fais la part des choses et je sais reconnaitre une main tendue ? Comment je crée des passerelles et du lien et pas nécessairement de la confrontation et de l’opposition ? Comment je propose du vivre ensemble ?

 

« Tu sais nous vivons dans une économie de lèche-culs. Le plus gros problème de ce pays n’est pas la corruption. C’est qu’il y a une quantité de gens qualifiés qui ne sont pas là où ils devraient être, parce qu’ils refusent de lécher le cul de qui que se soit, ou qu’ils ne savent pas quel cul lécher, ou encore qu’ils ne savent pas lécher un cul. J’ai la chance de lécher le cul qu’il faut. »

Je me suis posée un bon moment pour rire avant de continuer ma lecture...